A


L E   W A T E R - P O L O

 

M I - N A T A T I O N ,   M I - H A N D B A L L   :   U N   S P O R T   D E   S Y N T H È S E

 

I - J E   V I E N S   A U    M ON D E


   Je suis né dans de ces confortables intérieurs anglais, un jour pluvieux de novembre, à la table de gentlemen amateurs de sport, comme Bournemouth en regorge. Ces nageurs de 1869, que je n'oublierai jamais, avaient alors eu vent d'un sport aux règles plutôt proche des miennes, pratiqué par les légionnaires romains. Un aïeul, en quelque sorte.

   L'année suivante, mes règles furent édictées par un club de natation Londonien. Les joueurs étaient alors perchés sur des tonneaux lors des matches, comme les joueurs de Polo, qui me donnèrent leur nom, montaient des chevaux.

  Dès lors, je suis la coqueluche des piscines d'Europe. On me parla même un jour d'une variante pratiquée aux Etats-Unis d'Amérique ! Toujours est-il qu'en 1900, à Paris où j'ai appris la langue dans laquelle j'écris, je suis élevé au rang de sport olympique. Et mes règles sont fixées. Une fois pour toutes.

 

II - L E   C O M M E N C E M E N T  D ' U N    L O N G   V O Y A G E


   Ce ne sont non solum mes champions, mon histoire et ma gloire qui font de moi le plus grand des sports aquatiques, sed etiam mes règles. Alliant balles et eau, jambes et bras, tête et corps, mes équipes bravent cet élément sans relâche. Elles comportent 12 à 13 joueurs, 13 lorsque le gardien a son propre remplaçant, 6 actifs et 6 relèves. Ces "joueurs de champ" évoluent dans une bassin dont dimensions varient entre 20x10 mètres et 30x20 mètres, engoncés dans deux maillots obligatoire, et doivent marquer dans des buts de trois mètres de large. Pour cela, le rôle de la "pointe" est décisif : c'est en effet l'unique joueur d'une équipe pouvant de deux mètres approcher les les cages adverses.

   Les matches de professionnels, ainsi que les matches olympiques, se déroulent en quatre "périodes" de 8 minutes, pendant lesquelles chaque équipe dispose de trente secondes pour marquer, sans quoi la balle est perdue, séparées par des périodes de deux minutes, dites de pause.

   On comprend mieux désormais comment ces règles ont su mettre au défi les plus grands nageurs, les captiver et me porter aux nues des sports, mais le papier manque et ma plume s'use, le temps passe, il est temps pour moi de jeter...

 

III - U N   D E R N I E R   C O U P   D ' OE I L   E N   A R R I È R E


   De ce siècle d'exploits, de champions et de gloire, de la domination britannique au victoires australiennes, que dois-je retenir et que dois-je oublier ? L'Angleterre, le berceau autrefois champions du monde, n'est plus d'actualité, la Hongrie, ces héros sanguinaires ont souillé mon image du sang su Melbourne , jeux olympiques de sinistre mémoire, pendant lesquels ceux de Budapest ont affronté les Russes jusqu'à en rougir l'eau. Ervin Zaider, par la faute de qui trop de sang a coulé dans le bassin australien, tu ne m'auras pas rendu service ! Cette couleur recouvre maintenant mon histoire, et comme moi mon nom s'efface autour de la piscine de Berlin, jeux de 1936, qui fûtes mon premier regret !

Telle est mon histoire -- ou du moins ce que j'en ai vécu. L'encre décrit encore quelques boucles , le ballon jaillit, l'eau frémit en une dernière onde tremblante -- et c'est fini.

Le Water-Polo, Histoire de ma Vie, Gallimard 2013.

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FERDINAND