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Paul Cézanne

 

Aix-en-Provence, le 13 octobre 1906.

Chers hommes du futur,

J'écris cette lettre à ceux qui la trouveront pour leur raconter ma vie et mes passions au cas où les hommes de votre siècle inventeraient une version fausse de ma vie. Je vous écris pour vous dire la vérité.

I. Voici comment s'est déroulée ma vie :

Je suis né le 19 janvier 1839 à Aix-en-Provence. Ma mère s'appelait Anne Elisabeth Honorine Aubert et mon père, Louis Auguste Cézanne. Il est originaire de Saint-Zacharie, dans le Var, il était chapelier sur le cours Mirabeau (une grande avenue célèbre d'Aix-en-Provence où il y a souvent des marchés même à votre époque) puis il est devenu banquier en 1848 (quand j'avais neuf ans).

Je suis un peintre français impressionniste (le meilleur).

Durant mon enfance, je vivais à Aix-en-Provence. J'ai été interne au collège Bourbon dans lequel je me suis lié d'amitié avec Emile Zola et Baptistin Baille. J'y ai passé mon baccalauréat et l'ai eu le 12 novembre 1858 avec la mention "assez bien".

En 1857, on m'a inscrit pour la première fois à l'Ecole municipale gratuite de dessin où j'ai obtenu ,en 1859, le deuxième prix de dessin pour une étude de figure peinte.J’aimais beaucoup suivre les cours dans cette école (où je suis restée trois ans) ; c’était bien moins ennuyeux que le lycée ou la faculté de droit ! J’ai toujours préféré le dessin aux autres matières …

En 1861, j’ai abandonné les études de droit. C’était trop ! Je ne comprenais pas bien les cours et n’arrivais pas à suivre et puis, surtout, cela ne m’intéressait pas. Je ne me voyais pas faire mon métier dans ce domaine.

En 1861, j’ai passé un séjour à Paris mais cette ville ne m’a pas plu du tout. Quand j’étais à Aix, je pensais que je serais mieux autre part, maintenant que j’étais à Paris, je regrettais Aix. Quand on est né là-bas, c’est foutu, rien ne vous dit plus. Je suis donc retourné dans ma ville et je suis entré dans la banque de mon père en même temps que je reprenais les cours de dessin.                                          

  Un an plus tard, j’ai quitté la banque et je suis retourné à Paris pour rendre visite à mon ami Emile Zola qui s’y était installé et je revenais à Aix l’été.

J’ai exposé mes tableaux pour la première fois en 1863 au Salon des Refusés.                                               J’ai rencontré à l’Académie Suisse de Paris, en 1869, Hortense Friquet qui fut ma compagne. Je m’en souviens comme si c’était hier. Dès que je l’ai vue avec sa belle robe et ses magnifiques yeux, j’ai su que je l’aimais.

En 1870, je me réfugie à l’Estaque près de Marseille pour fuir la guerre Franco-prussienne. C’est là qu’est né mon fils Paul (du même nom que moi, oui …). Avec Hortense, nous étions comblés de bonheur. Il était là avec ses petits yeux et ses minuscules poings fermés … C’était merveilleux ! Ce garçon me servira de modèle pour certaines de mes peintures dont je vous parlerai plus tard dans ma lettre.

En 1886, je rompis avec mon ancien ami Zola. En avril de la même année, je me mariai avec Hortense.

Durant l’année 1895, j’avais pour habitude de me rendre à la montagne Sainte Victoire et aux carrières de Bibémus (que vous pourrez visiter à votre siècle) pour y peindre des paysages dont je vous parlerai plus tard.

J’ai exposé mes œuvres au Salon d’Automne, en 1905.

Je m’éteindrai dans dix jours dans ma résidence de la rue Boulegon.

 

 

II. Maintenant, je vais vous présenter mes œuvres les plus connues ;

Je peignais sur quatre thèmes principaux :

-Les paysages qui me sont très agréables à esquisser et que j’aime beaucoup aller peindre dehors en voyant au loin les champs bleus de lavandes et la montagne Sainte-Victoire de ma Provence natale. Mes paysages contiennent beaucoup de touches bleutées, car comme je le dis : la nature, pour nous hommes, est plus en profondeur qu'en surface, d'où la nécessité d'introduire dans nos vibrations de lumière, représentées par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleutés, pour faire sentir l'air. Mes peintures les plus célèbres de paysages sont : La montagne Sainte Victoire I, II et III qui représentent sous différents angles et différentes tonalités de couleurs, au premier plan un paysage composé de villages et de champs et à l’arrière-plan, la montagne Sainte Victoire surmontant ce pays provençal dans toute sa splendeur (comme d’habitude !) ; ou encore Auvers-sur-Oise en vue panoramique où sont peintes les maisons de ce village où j’ai passé une partie de ma vie. Mes paysages contiennent des touches bleutées « pour faire sentir l’air ».

-Les natures mortes dont mes œuvres les plus connues sont Pommes et oranges et L’amour en plâtre. J’aime dire à leur sujet que « Les objets se pénètrent entre eux…  Ils ne cessent pas de vivre… Ce sont nos tableaux qui deviennent des natures mortes. Tout est plus irisé que nos toiles, et je n’ai qu’à ouvrir ma fenêtre pour avoir les plus beaux Poussin et les plus beaux Monet du monde.

-Les baigneurs et les baigneuses dans lesquels je voulais comme un trou, un regard de lumière… Je n’ai pas réussi à atteindre pleinement ce but mais je suis quand même fier de mes tableaux comme Les grandes baigneuses I, II et III qui représentent des jeunes femmes se baignant au bord de l’Arc entre des arbres.

-Et enfin, les portraits que j’identifie comme l’aboutissement de l’art. J’étais très méticuleux et je demandais aux modèles de se tenir « comme une pomme » c’est-à-dire sans bouger ni faire le moindre geste (je sais, c’est sévère et stricte mais nécessaire). Mes portraits les plus connus sont « Le portrait de mon fils » qui posait pour moi comme je vous l’ai déjà dit ; ou bien le Portrait de Victor Choquet.

Paysages

Auvers-sur-Oise
La montagne Sainte Victoire
Nature morte
Pommes et oranges

Baigneuses

Les grandes baigneuses
Portrait

Le portrait de mon fils

 

III. Je vais vous éclaircir au sujet de mon mouvement : l'impressionnisme.

L'impressionnisme est un mouvement artistique qui a vu le jour entre 1860 et 1890. Le nom "impressionnisme" vient d'un article de Louis Leroy (un critique d'art) paru dans le journal Le charivari le 25 avril 1874 intitulé : "l'exposition des impressionnistes". Les artistes de ce mouvement (dont je fais partie) veulent représenter les choses en fonction des effets de la lumière, les impressionnistes remettent en question les principes de la représentation picturale de l'époque.

En1863, le Salon des refusés ( dans lequel j'ai exposé ) est créé par des artistes n'approuvant pas l'art officiel du XIXème siècle. Les impressionnistes recherchent la représentation du mouvement et leur peintures sont caractérisées par des traits de pinceau visibles, un angle de vue peu commun et la représentation des phénomènes climatiques mobiles et de la lumière. Ce mouvement a duré une dizaine d'années.

J'espère que cette lettre enrichira vos connaissances, et, pour la terminer, je vous livre une de mes phrases favorites que je vous conseille de retenir : "L'art est une harmonie parallèle à la nature-que penser de ces imbéciles qui vous disent que l'artiste est toujours inférieur à la nature ? ".

 

Veuillez croire, chers hommes du futur, à l’assurance de mes sentiments distingués et amicaux,

Cordialement, Paul Cézanne

 

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